Alors qu’Apple vient de dévoiler les premiers teasers de sa série Neuromancien, actuellement en production et dont la sortie est prévue pour le 22 janvier 2027, il était temps de relire cette oeuvre majeur dont j’avais, je doit l’avouer, très peu de souvenirs (je l’ai sans doute lu trop jeune).
Je vous fais le pitch
Pas facile de pitcher le Neuromancien tant c’est un roman atypique. C’est aussi une lecture exigeante, avec une écriture abrupte et des intrigues complexes, donnant très peu de contexte et d’explications. Je vais tacher de faire simple en découpant les infos :
- Qui ? Case en est le personnage principal. C’est un hacker, payé pour voler et exfiltrer des données du cyberspace… sauf qu’il a voulu doubler son dernier employeur et s’est retrouvé avec une mycotixine russe dans le sang, ce qui l’empêche depuis de se brancher sur la matrice… jusqu’au jour où il est contacté par Molly, une redoutable tueuse augmentée (ses yeux sont recouverts de verres-mirroirs greffés sur ses orbites et elle a de longues lames retractables sous les ongles) chargée de le recruter pour un mystérieux employeur pour une mission très particulière, complexe et dangereuse.
- Où ? L’intrigue commence au Japon mais se déplacera ensuite aux US, en Europe puis dans une immense station spatiale en orbite.
- Quand ? Nous sommes évidemment dans le futur… mais dans un futur imaginé en 1984, largement basé sur le cyberspace alors que, si internet existait déjà (Arpanet existe depuis 1969), le Web ne sera crée par Tim Berners-Lee que 5 ans plus tard. D’un point de vue politique, on est dans la lignée de ce que pouvait imaginer un américain sous la présidence de Ronald Reagan : une monde ultra-capitaliste avec tous les excès du libéralisme. D’un point de vue économique, c’est la même chose… sauf qu’évidemment William Gibson ne pouvait imaginer les GAFAM, ce sont donc les entreprises japonaises qui dominent l’économie.
Le cyberspace. Une hallucination consensuelle vécue quotidiennement en toute légalité par des dizaines de millions d’opérateurs, dans tous les pays, par des gosses auxquels on enseigne les concepts mathématiques… Une représentation graphique de données extraites des mémoires de tous les ordinateurs du système humain. Une complexité impensable. Des traits de lumière disposés dans le non-espace de l’esprit, des amas et des constellations de données. Comme les lumières de villes, dans le lointain…
Je vous donne mon avis
Neuromancien est un roman à part, l’un des livres majeurs de la Science-Fiction et l’ouvrage fondateur du mouvement cyberpunk. Il est à la croisée de Blade-Runner (que William Gibson a vu alors qu’il avait déjà rédigé les 2/3 de son roman) mais aussi de Matrix (qui sortira au cinéma 15 ans plus tard) et de Ghost in the Shell (dont la publication commencera au Japon 5 ans plus tard…). Son imaginaire peut nous paraitre familier, mais c’est surtout parce qu’il a été particulièrement novateur et a profondement inspiré énormément de créations depuis. Sont notamment abordés les thèmes de l’humain augmenté (pour toutes sortes de raisons : se battre, se connecter au réseau, mais aussi se « déconnecter » de son corps) et de l’intelligence artificielle (la vraie, pas les conneries de LLM qu’on essaie de nous faire prendre pour de l’intelligence en 2026).
Mais presqque plus que ces aspects technologiques, c’est le monde imaginé par William Gibson qui m’a frappé : il décrit une société violente à tout points de vue, et un systéme économique et libéral clairement hors de contrôle. C’est une critique féroce de nos systèmes - économiques, politiques et sociaux - et, pour cela aussi, c’est une oeuvre visionnaire qui pose des questions hélas toujours d’actualité.
