Après ma lecture de Histoire d’un allemand, j’avais besoin d’un peu de légéreté… mais étais aussi curieux de cette incursion dans la SF d’un auteur dont j’avais beaucoup apprécié la participation à la Tour de Garde (une double-trilogie de fantasy écrite à 4 mains avec Claire Duvivier).
Je vous fais le pitch
L’action de « Heureux comme jamais » se situe dans un futur proche, à bord du vaisseau spatial Space Dragon. Dans ce futur, l’espèce humaine n’a pas su vaincre la crise climatique que nous connaissons : la dégradation de l’environnement est devenu irréversible, les catastrophes naturelles associés se sont enchainées, l’explosion d’un supervolcan a rendu impropre à la vie l’essentiel de l’Amérique du Nord… bref, l’extinction était proche. Un petit groupe d’individus, ultrariche évidemment, a imaginé fuir l’extinction (dont ils sont eux-mêmes responsables) à bord d’une arche spatiale, emportant avec elle la mémoire de l’humanité ainsi qu’une banque génétique des espèces terrestres, direction Callisto, une des lunes de Jupiter, qu’ils comptent terraformer à coup de bombes atomiques.
C’était un homme d’affaires très habile : un peu avant que l’extraction de son gaz de schiste finisse par rendre les nappes phréatiques françaises trop polluées, il a acheté les seules eaux minérales encore viables. En moins de dix ans, il s’est retrouvé dans la liste des cinquante plus grandes fortunes du monde. Un visionnaire.
En plus de ces passagers, il a bien fallu embarquer un ingénieur pour s’occuper de la maintenance, mais aussi sa fille, l’héroine du roman. Noah a été formée pour prendre la relève de son père, ce qu’elle doit assumer un peu plus trop que prévu car son père est gravement malade (il est atteint d’une sclérose en plaque… mais il ne peut se soigner car il n’en a pas les moyens…). Noah va assister à une réunion top-secrète avec les 4 passagers les plus puissants du Space Dragon, organisée car le vaisseau aurait capté un message en provenance de la Terre. L’humanité serait loin d’être aussi éteinte qu‘on le croyait… nouvelle qui va semer le chaos dans le Space Dragon…
Je vous donne mon avis
J’ai vraiment beaucoup aimé ma lecture. C’est court, et même si foncièrement ce n’est pas de la SF très originale, ça se lit avec grand plaisir. Les passagers du Space Dragon sont tous plus méprisants, arrogants et égoïstes les uns que les autres, ce qui rends l’histoire tout à fait plausible. Ils ne veulent que sauver leur peau et n’ont absolument aucun sens du collectif. Toute ressemblance avec des personnages existants ne serait aucunement fortuite : on reconnait très bien nos ultrariches, barons de la tech, capitaines d’industries et politiciens professionnels.
Tout cela est décrit avec beaucoup d’humour, caustique, et cela m’a provoqué un effet presque cathartique. En partie à cause du portrait au vitriol de ces ultrariches, mais aussi parce que cela m’a donné envie de croire au message provenant de la Terre. Il me parait tellement évident que tout irait mieux sans cette classe d’ultrariches, et que leur disparition (ou leur fuite comme dans le roman) pourrait se révéler être la condition permettant la résolution de la crise climatique. C’est le message que j’ai choisi d‘y lire.
Mention spéciale aux multiples références du roman, qu’elles soient littéraires ou musicales : l’IA de compagnie de Noah se nomme « Bins-42 » (coucou H2G2 !), et toutes les deux ont pris l’habitude de se déplacer et de travailler en musique. Certains morceaux n’existent pas encore… mais le choix de ceux qui existent sont vraiment pertinents et montrent bien le pouvoir, subversif, de la musique.
