Du déni à l’acceptation
Je suis sensible à l’écologie depuis longtemps… mais, au départ, c’était de manière très vague… trop vague et trop personnelle, pas assez politique et sous forme d’un engagement bien commode mais sans enjeu et sans réelles conséquences.
Avec le recul, je me dis que j’étais dans la phase de Déni de la courbe du deuil (selon Kübler-Ross). Pas dans un déni climatique, non… puisque je n’étais pas climatosceptique, mais ça m’arrangeait de ne pas creuser, parce que cela m’aurait forcé à me remettre en question. Un déni en mode autruche qui se cache la tête dans le sable.
Puis les conséquences du déréglement climatique ont été plus compliquées à ignorer. Et aussi, sans doute, j’ai muri… et je suis devenu parent, donc je me suis interrogé sur le monde dans lequel mes enfants allaient grandir, et sur ce que je leurs répondrait quand, plus tard, ils me demanderaient ce que j’avais fait… ou pourquoi je n’avais rien fait. Alors, je suis passé à l’étape de la Colère. Autant contre le système - politique et économique - que contre moi-même et contre mon inaction. S’ensuivit rapidement l’étape de marchandage (même si j’ai conservé la colère, et qu’elle me nourrit encore aujourd’hui). Pour aller au delà des petits gestes… mais sans tout de suite remettre en cause de manière trop profonde et trop brutale mon mode de vie et ne pas trop interroger tous ces petits renoncements et toutes mes contradictions.
Ce qui amène inévitablement à l’étape de la Dépression, tant on a vite cette impression de ne pas avoir de prises, de ne pas pouvoir avoir d’impact. Une éco-anxiété qui paralyse, une lucidité aussi, sans doute, sur le fait qu’on aimerait être du bon côté de l’Histoire… mais que cela demande plus que quelques éco-gestes et, qu’en conscience, il va bien falloir faire plus, tant à l’échelle globale qu’individuelle.
Enfin, la phase d’Acceptation, ce que pour ma part j’appelerais plutôt l’Action. Un réel engagement, une réelle prise de conscience de la nécessaire convergence des luttes écologiques, politiques, économiques et sociétales. En étant dans l’action, je ne peux pas être sûr que le monde dans lequel vivront mes enfants sera meilleur… mais, au moins, pourrais-je leurs dire que j’ai lutté à mon niveau, que je me suis engagé, pour éviter qu’il ne soit pire.
Des phases nourries par la littérature d’anticipation
Pourquoi est-ce que je vous dis tout cela ? Parce que pour se battre pour un avenir meilleur, il convient de pouvoir l’imaginer. Pour moi, ce sont souvent mes lectures qui me nourrissent et m'accompagnent dans mon cheminement. Je voulais donc aujourd’hui recenser quelques dystopies qui permettent, grâce à la littérature d’anticipation, d’alerter sur l’état de notre monde mais aussi d'imaginer des futurs désirables qui sont comme un carburant pour alimenter nos luttes (et si en plus, ça implique des vélos, c’est encore mieux !).
9 utopies écologiques
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Tout pour tout le monde de M.E. O’Brien et Eman Abdelhadi
Une utopie à laquelle on a envie de croire, racontée comme un ouvrage documentaire ramené du futur.
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Le grand abandon de Cory Doctorow
Une lecture qui suscite des réflexions passionnantes sur les différentes façons que l’on peut avoir de prendre part au mouvement. Nous vivons dans la société que nous avons choisi de batir et, collectivement, nous pouvons choisir un autre modèle de société.
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Pour ne rien regretter de Henri Loevenbruck
Un rappel, bienvenu, qu’il est permis d’espérer et que le militantisme peut gagner.
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Bikepunk de Ploum
Une fable écolo, avec des vélos… mais aussi une manière de se préparer au grand effondrement.
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Ecotopia de Ernest Callenbach
La plus anciennes de ces utopies : le roman est paru en 1975... et pourtant il reste d'une actualité frappante et donne envie de croire à cette alternative joyeuse et durable. L'une des premières oeuvres qui donne envie de croire que l'effondrement n'est pas inéluctable.
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Eutopia de Camille Leboulanger
Une lecture réjouissante qui décrit une utopie écologique post-capitalisme en faisant la synthèse de bon nombre de propositions actuelles, participant ainsi à les rendre crédibles et concrètes. Un exemple parfait pour illustrer en quoi la littérature peut alimenter les luttes actuelles.
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Le Ministère du futur de Kim Stanley Robinson
Un roman de hard science qui imagine la création par l'ONU d'un « Ministère du futur » qui défendrait les générations à venir, et notamment leur droit à vivre dans un environnement sain. C'est très documenté et plutôt crédible. Il y a juste un peu trop de technosolutionisme à mon goût... mais je retiens aussi la nécessité d'une radicalisation pour faire bouger les choses.
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Un psaume pour les recyclés sauvages et Une prière pour les cimes timides de Becky Chambers
Deux novellas qui se suivent. La première « Pour vous qui avez besoin de souffler », la seconde Pour vous qui ne savez pas où vous allez . Un lecture réconfortante qui explore un monde post-transition, ayant développé une relation apaisée avec la nature mais aussi une société particuliérement ouverte, tolérante et respectueuse de tous.
Lire ma critique de « Un psaume pour les recyclés sauvages »
Lire ma critique de « Une prière pour les cimes timides » -
Vélorutopia de Tristan Nitot
En dernier… parce que je suis encore en train de le lire… parce que Tristan est en train de le publier, chapitre aprés chapitre, sur son blog. Néanmoins, il a toute sa place ici puisqu’il se propose d’imaginer à quoi ressemblerait le monde s’il prenait pris le virage climatique.









